Comment agir quand un parent refuse de consulter un spécialiste pour son enfant ?

par Nicole Malenfant

Assia travaille dans un service de garde éducatif auprès d’un groupe d’enfants âgés entre 18 et 27 mois. Depuis son arrivée, il y a 2 mois, Léonie, 26 mois, montre des comportements qui interpellent son éducatrice: rareté de réaction lorsqu’elle l’interpelle par son prénom, difficulté à capter son regard, absence de langage verbal, préférence pour les jeux solitaires et répétitifs. Elle a beau rapporter ces faits aux parents, mais ceux-ci ne semblent pas prendre au sérieux son questionnement. La mère lui a exprimé que sa fille se portait bien et qu’elle ne voyait pas la pertinence de demander l’avis d’un professionnel. Assia ne sait plus quoi faire alors qu’elle a tant à cœur le bien-être de l’enfant.

Il faut savoir qu’il est normal qu’un parent se montre d’emblée peu enclin à collaborer en pareille situation même lorsqu’on s’y prend avec tact et diplomatie. La première réaction du parent souvent émotive ou sur la défensive peut faire place à une attitude plus ouverte grâce notamment à certaines attitudes de la part de l’éducatrice. Dans tous les cas, il est primordial de ne pas attribuer d’étiquettes, d’agir en expert ou de donner un diagnostic.

Si un parent se montre d’abord méfiant ou réfractaire face à l’idée suggérée par l’éducatrice de consulter un spécialiste pour son enfant, ce n’est probablement pas qu’il remette en doute la compétence de celle-ci ou qu’il refuse catégoriquement de reconnaître le problème. Peut-être se sent-il inconsciemment coupable de la situation ? Ou a-t-il déjà beaucoup de responsabilités familiales à assumer de sorte qu’il se sente dépassé ? Il se peut que l’éducatrice soit la première personne qui aborde directement le sujet avec les parents. Dans une telle situation, il est normal que ceux-ci affichent une certaine incrédulité. En tentant de comprendre la réaction du parent, en évitant de porter un jugement à son égard et en se montrant à l’écoute de ce qu’il éprouve, l’éducatrice agit pour le mieux afin d’amener éventuellement le parent à montrer une ouverture face à la particularité de son enfant.

L’éducatrice témoigne de professionnalisme en abordant honnêtement avec les parents les besoins spécifiques de leur enfant et non en évitant le sujet, et ce, bien avant la remise du portrait de développement prévue deux fois par année. Pour ce faire, elle aura tout intérêt à proposer une rencontre avec les parents. Une bonne préparation est requise pour en assurer un déroulement harmonieux. Assia veillera à diminuer la peur qu’elle pourrait ressentir en anticipant une réaction négative de la part du parent. Elle pourra renforcer sa confiance personnelle par divers moyens : recueillir des observations auprès d’autres éducatrices qui ont un contact avec l’enfant, rédiger un résumé des faits observations les plus significatifs (comportements décrits avec objectivité) en lien avec la problématique concernée en faisant ressortir son impact sur l’ensemble du développement de l’enfant, obtenir l’avis d’une conseillère pédagogique et lui demander d’assister à la rencontre. L’éducatrice précisera aux parents qu’il est essentiel d’avoir leur collaboration pour mener à bien la démarche d’aide pour leur enfant. Afin d’échanger en toute confidentialité sur le sujet, il vaudra mieux donner rendez-vous aux parents à un moment jugé opportun et dans un lieu où le calme et la discrétion seront préservés.

En dépit des moyens mis en œuvre, dont la tenue d’une rencontre avec les parents, il se peut que ceux-ci ne veuillent pas aller de l’avant pour le moment. La décision de consulter ou non un spécialiste revient aux parents en tant que premiers éducateurs de leur enfant. Quelle que soit l’issue de la démarche, l’éducatrice a le devoir de continuer à soutenir au mieux l’enfant dans son développement global par un encadrement sécurisant et une relation affective empreinte d’une grande bienveillance. Elle a aussi la responsabilité de continuer à communiquer en toute objectivité aux parents ses observations sur leur enfant dans tous les domaines de développement (physique et moteur, cognitif, langagier, et social et affectif).

Dépister, c’est-à-dire détecter des indices d’un possible problème de santé ou de développement ne signifie pas diagnostiquer. Le diagnostic consiste à mettre un nom sur des signes et il est posé par un professionnel de la santé. De son côté, l’éducatrice a le privilège d’initier la première étape d’un processus qui peut s’étaler sur plusieurs mois et qui est susceptible de faire une grande différence dans la vie de l’enfant et de ses parents.